TOP ACTIVITES LADAKH : Vallée de L'Indus






Découvrir la vallée de L'Indus


Au seul nom de Ladakh défile une série d’images de sommets aux neiges éternelles, de vallées perdues, de villages recroquevillés sur leurs petits champs en terrasses, de cols venteux où flottent les drapeaux de prière… Depuis son ouverture au tourisme en 1974, la région s’est imposée comme l’une des principales destinations des trekkeurs dans l’Himalaya. Les innombrables options en sont venues à faire de l’ombre à l’autre grande richesse du Ladakh : sa culture bouddhiste. La seule vallée de l’Indus, déroulant entre les montagnes brunes son ruban turquoise, est piquetée d’une vingtaine de monastères, dont certains frisent les 1 000 ans. Un patrimoine remarquable.


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Leh, une capitale au pied de l'Himalaya

Pas de système de radars à Leh : l’approche se fait à vue. Il faut donc espérer une journée sans brume ni brouillard, ni neige ni grésil ni vents violents, pour pouvoir atterrir dans le réduit de la vallée de l’Indus. Venant de Delhi, l’avion s’engage prudemment, puis plonge soudain sur l’aile gauche, pour effectuer un demi-tour et s’aligner sur la piste.

Tout autour s’étendent des barbelés, des camps militaires : le Ladakh, enchâssé à l’extrémité nord-ouest de l’Inde, au contact du Pakistan et de la Chine, reste une zone hautement stratégique, défendue par 150 000 militaires indiens !

L’air est invariablement frais et rare. À 3 500 m d’altitude, Leh vit en apnée, entre les vapeurs d’essence mal brûlée (manque d’oxygène oblige) et des pentes bien trop soutenues pour le cœur des nouveaux arrivants. Les touristes indiens grelottent, sortent bonnets et anoraks.


Tous rivent leur regard sur le phare de Leh : ce palais enfin restauré qui, tel un aigle, plane au-dessus de la vieille ville et de son imbroglio de ruelles et d’escaliers – d’où émane à heure fixe l’appel à la prière du muezzin de la mosquée moghole et l’odeur du pain chaud des boulangers cachemiris.

Ce palais, bâti au 17e siècle par le roi « lion » Sengge Namgyal, soucieux de faire de ce bastion naturel sa nouvelle capitale, propice à l’unification de la région, n’est plus qu’une coquille vide de pièces ouvertes aux vents et de terrasses panoramiques. Reste, pour la gloire, le superbe portique sculpté de sa grande porte, placé sous la garde approximative de trois vieux félins de bois.



Sur la route de la Soie

Au-dessus du palais, la tache rouge du Tsemo Gompa attire l’œil. Ce micro-monastère, lui-même placé sous la garde d’un fort blanc équilibriste, fut élevé pour célébrer une grande victoire ladakhie sur l’envahisseur mongol vers 1530. On s’y hisse à plus ou moins grand peine par un sentier poussiéreux (20 min le 1er jour, 15 min le 2e, 10 min le 3e…) pour découvrir un Bouddha du Futur haut de 8 m – qui descendra un jour sur Terre pour rappeler les enseignements du bouddhisme aux hommes oublieux. À ses côtés, un gonkhang, où les fidèles viennent prier les divinités protectrices de leur accorder un voyage tranquille ou un chantier sans anicroche.

De là, la ville s’offre entièrement, dans sa cuvette encadrée par quelques vieilles échines rocheuses et dominée par la barrière himalayenne, coiffée par la balise blanche du Stok Kangri (6 153 m).

Au pied même du rocher, la vieille ville fait écho à de vieux souvenirs de caravanes et de caravansérails. Des siècles durant, Leh fut une étape importante sur la route méridionale de la Soie. De Chine et du Turkestan débarquaient alors tapis, soieries, étoffes, turquoises et métaux précieux. D’Inde montaient les épices, le riz, le sucre, le tabac, le savon. Le Ladakh, lui, n’avait guère à exporter que sa laine (notamment le pashmina) et ses abricots secs. Niché au pied de Jama Masjid, le récent Central Asian Museum rappelle la richesse de ces échanges interrompus au milieu du 20e siècle par la partition du Cachemire (1947-48) et l’annexion chinoise du Tibet (1951).



Le cœur du Ladakh

Autour de Leh et en amont, la vallée de l’Indus s’épanche sur 2 à 3 km de large en un long croissant de terres presque planes. Une parenthèse arrachée aux montagnes, coincée entre l’extrémité occidentale de l’Himalaya (courant au sud) et les prémices orientales du Karakorum (s’élevant au nord)… L’hiver, c’est un frigo. L’été, une oasis. Le jeune fleuve, né au Tibet voisin, déroule là ses timides méandres turquoise, abreuvant un patchwork bien délimité de cultures.

Menacés par de trop fréquentes invasions, les Ladakhis ont bâti en hauteur, pour mieux voir arriver l’ennemi. Ainsi à Shey, capitale royale jusqu’au 16e siècle, où les vestiges d’une forteresse très ancienne et d’un palais d’été s’arriment au-dessus d’un étang-miroir. On y grimpe le souffle court pour diffuser les bienfaits du mantra roi (om mani padme um) en actionnant les moulins à prière, puis admirer un Bouddha du Futur vieux de quatre siècles – haut, celui-ci, de 7,5 m.

Vers l’est, une litanie de taches blanches éclate sur le sol nu : des chortens, ces stupas himalayens dressés en mémoire d’un proche ou en signe de contrition. Il faut les laisser sur la gauche pour emprunter le chemin conduisant (en 1 h environ) vers le monastère de Thiksé à travers champs, au son des chenaux d’irrigation.

Soudain, le sanctuaire apparaît, empilant ses bâtiments sur un éperon rocheux : résidences des moines au flanc des pentes, temples au sommet. À l’aube, les lamas, postés sur le toit-terrasse, appellent à la prière au son rauque des trompes tibétaines.



Hémis, quartier général du bouddhisme ladakhi

Dans une large vallée tributaire de l’Indus, Chemdey couronne un promontoire naturel dominant l’été le jaune des parcelles de colza. Une centaine de moines de l’école drukpa (bonnets rouges) y vivent. Les rinpotchés (supérieurs) de la communauté y apparaissent statufiés dans leurs incarnations successives, près de la grande salle moderne très colorée où trône Padmasambhava, le père du bouddhisme himalayen, assimilé ici à un second Bouddha. Fine moustache et air (comme souvent) courroucé, il préside à une assemblée de fresques où s’ébattent des divinités protectrices bien effrayantes… Là, sur les murs, des têtes s’empilent et des squelettes dansent.

Côté sud de l’Indus, Hémis (17e siècle) est le prince des monastères ladakhis, avec plus de 200 moines au compteur (d’obédience kagyu). Sa richesse est rare : il la doit à sa situation dans une gorge discrète qui, un jour de brume, lui permit d’échapper aux razzias mongoles… Ses deux principales salles de prière, sur trois niveaux, cultivent l’art de la couleur : aux colonnes rouges répondent des plafonds bleu ciel ou turquoise, la robe safran d’un grand Bouddha doré et l’arc-en-ciel de ses fresques aux 1 000 bouddhas.

Dans le guru-lakhang, la statue de Padmasambhava atteint 12 m de haut (record !). Mais ses plus précieux trésors sont ailleurs : au musée, où voisinent peaux de tigre et de panthère des neiges, délicats encensoirs chinois aux dragons, armes ciselées déposées en offrandes et rarissimes bouddhas cachemiris en bronze des 7e au 12e siècles.



Un palais en héritage

Rive sud, les monastères s’enchaînent au fil de l’Indus. Stakna abrite une précieuse statuette en marbre blanc d’Avalokiteshvara, le Bouddha de la Compassion, aux 1 000 bras et 1 000 yeux. Matho voit, lui, se manifester les oracles au sortir de l’hiver – lors du Nagrang, organisé les 14e et 15e jours du premier mois lunaire tibétain. Choisis parmi les moines, tenus de jeûner et méditer de longs mois, ces deux augures sont capables, disent les témoins, de prédire l’avenir de tout un chacun, de se taillader la chair sans frémir et de marcher sur les toits les yeux bandés…

Plus près de Leh, en bouclant la boucle, le village de Stok se serre au pied d’un fier palais. Bâti en 1820 par le dernier roi du Ladakh (déposé en 1841), il reste habité par ses descendants. Un petit musée y a été aménagé, exposant une couronne tibétaine de remploi du 8e siècle (en tissu), de précieux bijoux, des thangkas vieux de cinq siècles et le palanquin dans laquelle la dernière reine fut amenée (à pied !) sur 350 km depuis la bonne ville de Lahaul, au sud de l’Himalaya…

Contraint sans doute par les vicissitudes du sort et les besoins du temps présent, le raja Jigmed Wangchuk Namgyal reçoit chez lui, dans quatre chambres aux portes basses et deux suites. Le manque de chauffage s’y efface devant la fantasmagorie de colonnes rouges, tentures et meubles peints de la Chambre de la reine… Quelques chanceux peuvent même déjeuner dans le salon traditionnel voisin, en solo (3 500 roupies), ou avec Sa Majesté déchue (5 500 roupies).


En descendant l’Indus

En aval de Leh, la vallée de l’Indus se resserre rapidement. Passe d’abord le monastère de Spituk, où les soldats indiens viennent le dimanche invoquer un affreux protecteur bouddhiste assimilé à Kali. Phyang s’amarre dans sa propre vallée-amphithéâtre. Au gonkhang, on pria longtemps le sort d’intervenir en faisant offrande d’armes et de têtes d’animaux morts – un crâne de bouquetin et une grue desséchée en témoignent encore… Soucieux de préserver leur faune, les Ladakhis ont réinventé le procédé : ils donnent désormais des figurines d’animaux en plastique.

Contournant une gorge trop étroite pour l’y laisser passer, la route retrouve l’Indus à sa sortie, près de son confluent avec la Zanskar, dont les eaux émeraude se frayent un chemin entre leurs propres montagnes. Avant qu’une piste (inachevée) ne s’attaque à l’itinéraire, les Zanskaris n’avaient d’autre solution, pour rentrer chez eux en venant de Leh, que de marcher, l’hiver, sur son cours gelé. Aujourd’hui, ce sont les jeunes Indiens qui s’y collent, pour le frisson, entre bains glacés et bains de techno… Et, à partir de juin, les familles se jettent à l’eau en rafting.

Écrasant le damier vert profond des jeunes champs d’orge, la vieille forteresse de Basgo tient un énième verrou sur la route du Cachemire. Le bastion est naturel et les derniers remparts de pisé croulants se fondent à la roche. Comme souvent, un monastère a pris racine en son sein. Deux, même, exposant chacun leur version du Bouddha du Futur – l’un en cuivre doré, l’autre en brique, peint de rouge et d’or, géant de 15 m à l’étroit dans un émouvant sanctuaire du 15e siècle.



Vallée de Sham : trek facile au Ladakh

Il est si facile que l’on parle de baby trek : une longue balade de trois jours, en vérité, scindée en étapes peu exigeantes de 3 à 5 heures de marche quotidienne.

Tout commence au monastère de Likir, placé sous l’autorité du frère du dalaï-lama et gardé par un Bouddha du Futur aussi géant que doré. L’itinéraire, qui vit jadis passer les caravanes, enchaîne quatre cols peu élevés – dont deux le premier jour. Les vents dominants y soulèvent la poudre d’argile et diffusent au loin les mantras des drapeaux de prière arrimés en ribambelles.

Le décor est minéral, l’ombre inexistante, les flancs des vallées jonchés de roches. Le ciel, imperturbable, étale son bleu glacé. Et, en bas, des ponts de bois ou de pierre franchissent des torrents dont l’eau abreuve en chantant des chenaux méticuleusement entretenus, permettant aux pâturages de verdir, aux saules de croître, à l’orge de pousser et aux abricotiers de se charger de fruits. L’été, les meules s’arrondissent. Des chortens blancs s’alignent aussi le long du chemin, près de piles de cailloux patiemment gravés du même mantra : om mani padme um.

À Yangthang, à Hemis Shukpachan, quelques homestays et guesthouses occupent de grandes maisons ladakhies blanches aux fenêtres ouvragées. Sur le rebord de leur toit : le foin qui nourrira l’hiver venu les ânes, les mules, les vaches et les dzo (hybrides de vache et yak). On y dîne auprès du poêle à bois, face aux étagères lourdes de faitouts et de marmites. Le troisième jour, Tingmosgang est atteint : un bourg tranquille, étalé au pied de son monastère en nid d’aigle.



Sanctuaires millénaires du Ladakh

Il faut revenir un peu sur ses pas pour visiter Alchi. Un pont métallique jeté sur l’Indus, encombré de drapeaux de prière, mène vers ce village-bijou enchâssé dans une fracture rocheuse. Une pépite s’y cache : un monastère millénaire, aux quatre petits temples couverts de fresques très fines d’inspiration cachemirie. Le sumtsek lakhang, le plus beau, précédé d’un portique en bois sculpté d’origine, héberge trois grandes statues de Bouddhas à quatre bras, aux vertus et visions complémentaires : compassion (Avalokiteshvara), sagesse (Manjushri) et futur (Maitreya). Sur les murs, sur ceux des autres sanctuaires, les 1 000 bouddhas se multiplient à l’infini.

On peut s’offrir un détour par Ridzong pour le plaisir d’y accéder. Ce monastère isolé, réputé pour l’austérité de sa règle (pas de dîner ici !), se perche au-dessus d’une gorge dont il faut s’extraire en grimpant en épingles à cheveux au flanc d’une falaise croulante. Vertige assuré.

À Khaltsy , la route principale abandonne l’Indus. Une voie secondaire mène aux villages des Aryens descendant, dit-on des soldats d’Alexandre le Grand. La principale se glisse dans une vallée tributaire, longe un torrent, puis s’en échappe à grand renfort de virages.

Là-haut, un étrange pan de montagne argileux s’érode en aiguilles fragiles et cheminées de fées : les moonlands de Lamayuru. Le village s’amarre en contrepoint sous l’habituelle tutelle de son monastère. Un trésor, encore : un temple du 11e siècle niché à son pied, dans le vieux bourg abandonné, où éléphants et lions blancs s’impriment en haut-relief autour d’un Bouddha souriant. Magnifique.

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